{"id":388,"date":"2022-08-14T23:46:31","date_gmt":"2022-08-14T22:46:31","guid":{"rendered":"http:\/\/leslectures.demarie.fr\/?page_id=388"},"modified":"2022-08-14T23:46:31","modified_gmt":"2022-08-14T22:46:31","slug":"at-eternitys-gate-julian-schnabel","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/leslectures.demarie.fr\/?page_id=388","title":{"rendered":"At Eternity&rsquo;s Gate [Julian Schnabel]"},"content":{"rendered":"\n<p>At Eternity\u2019s Gate, retrace les derni\u00e8res ann\u00e9es de vie de\nVincent Van Gogh, \u00e0 partir de son installation \u00e0 Arles. Mais, ce que nous\npropose Julian Schnabel, ce n\u2019est pas juste l\u2019histoire de Van Gogh. Ce film\nraconte le peintre de l\u2019int\u00e9rieur, on vit avec lui dans une promiscuit\u00e9 assez\nincroyable, ce qu\u2019il est, ce qu\u2019il voit, ce qu\u2019il ressent. Des couleurs\n\u00e9clatantes \u00e0 la majestuosit\u00e9 des paysages, le lien de Van Gogh avec la nature est\nintense et on comprend qu\u2019il puise pleinement de ce monde qui l\u2019entoure pour\nnourrir l\u2019artiste qui est en lui. &nbsp;On est\navec lui dans cette fr\u00e9n\u00e9sie de peindre, maintenant, tout de suite, comme si ce\nqui se pr\u00e9sentait l\u00e0, l\u2019instant fugace, \u00e9tait \u00e0 capturer avant qu\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, il\nne s\u2019envole. L\u2019indicible se joue dans ces coups de pinceaux o\u00f9 le visible danse\navec l\u2019invisible. On virevolte au gr\u00e8s de l\u2019inspiration du peintre, accompagn\u00e9e\nd\u2019une bande originale magnifique qui sublime les plans contemplatifs. <\/p>\n\n\n\n<p>Le pari de la cam\u00e9ra \u00e0 l\u2019\u00e9paule est r\u00e9ussi. On voit \u00e0\ntravers le regard de Van Gogh, dans ses yeux embu\u00e9s, dans ce jaune qui domine\nde plus en plus, on suit ses pas, ses inspirations, ses mouvements de t\u00eate, qui\ncherchent, qui traduisent l\u2019angoisse aussi. Dans cette fa\u00e7on de raconter, on\nressent les tourments int\u00e9rieurs qui s\u2019installent de plus en plus, son\nappr\u00e9hension \u00e0 se voir pris dans un engrenage de pens\u00e9es oppressantes, de son\nincompr\u00e9hension du monde qui l\u2019entoure. Le tragique de son histoire est rendu\npuissant dans cette mani\u00e8re de le faire vivre au spectateur, en lui laissant l\u2019opportunit\u00e9\nd\u2019\u00eatre dans la t\u00eate de Van Gogh.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin et surtout, le film est rempli de dialogues magnifiques,\no\u00f9 on ressent l\u2019intime relation qu\u2019entretient le peintre avec son art, ce qui\nfait sens pour lui dans son travail, ce qui ne le fait jamais d\u00e9vier de cette fa\u00e7on\nde peindre, incomprise et difficilement accept\u00e9e de son vivant. Ses \u00e9changes\navec Paul Gauguin sont vifs, tumultueux, t\u00e9moins de leur opposition dans ce qu\u2019ils\nengagent \u00e0 travers leur technique, leurs sujets, leurs recherches. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour moi, ce film est une p\u00e9pite cin\u00e9matographique, avec une\ninterpr\u00e9tation magnifique qui plus est, qui offre un bel hommage \u00e0 l\u2019artiste et\n\u00e0 l\u2019art de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale. Je terminerai avec le d\u00e9but de la critique de Gabriel-Albert\nAurier, \u00ab Les Isol\u00e9s, Vincent van Gogh \u00bb, Mercure de France, t. I, n\u00b0 1,\njanvier 1890, p. 24-29, utilis\u00e9e dans le film&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Et voil\u00e0 que, tout \u00e0 coup, d\u00e8s l\u00e0 rentr\u00e9e dans\nl&rsquo;ignoble tohubohu boueux de la rue sale et de la laide vie r\u00e9elle,\n\u00e9parpill\u00e9es, chant\u00e8rent, malgr\u00e9 moi, ces bribes de vers en ma m\u00e9moire&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><br>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;L&rsquo;enivrante monotonie<br>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;Du m\u00e9tal, du marbre, et de l&rsquo;eau&#8230;.<br>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;Et tout, m\u00eame la couleur noire,<br>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;Semblait fourbi, clair, iris\u00e9&nbsp;;<br>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le liquide ench\u00e2ssait sa gloire<br>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans le rayon cristallis\u00e9&#8230;.<br>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;Et des cataractes pesantes<br>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;Comme des rideaux de cristal<br>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;Se suspendaient, \u00e9blouissantes,<br>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;\u00c0 des murailles de m\u00e9tal&#8230;.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><br>\n&nbsp;Sous des ciels, tant\u00f4t taill\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9blouissement des saphirs ou des\nturquoises, tant\u00f4t p\u00e9tris de je ne sais quels soufres infernaux, chauds,\nd\u00e9l\u00e9t\u00e8res et aveuglants&nbsp;; sous des ciels pareils \u00e0 des coul\u00e9es de m\u00e9taux\net de cristaux en fusion, o\u00f9, parfois, s&rsquo;\u00e9talent, irradi\u00e9s, de torrides disques\nsolaires&nbsp;; sous l&rsquo;incessant et formidable ruissellement de toutes les\nlumi\u00e8res possibles&nbsp;; dans des atmosph\u00e8res lourdes, flambantes, cuisantes,\nqui semblent s&rsquo;exhaler de fantastiques fournaises o\u00f9 se volatiliseraient des\nors et des diamants et des gemmes singuli\u00e8res \u2014 c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9talement inqui\u00e9tant,\ntroubleur, d&rsquo;une \u00e9trange nature, \u00e0 la fois vraiment vraie et quasiment\nsupranaturelle, d&rsquo;une nature excessive o\u00f9 tout, \u00eatres et choses, ombres et\nlumi\u00e8res, formes et couleurs, se cabre, se dresse en une volont\u00e9 rageuse de\nhurler son essentielle et propre chanson, sur le timbre le plus intense, le\nplus farouchement suraigu&nbsp;; ce sont des arbres, tordus ainsi que des\ng\u00e9ants en bataille, proclamant du geste de leurs noueux bras qui menacent et du\ntragique envolement de leurs vertes crini\u00e8res, leur puissance indomptable,\nl&rsquo;orgueil de leur musculature, leur s\u00e8ve chaude comme du sang, leur \u00e9ternel\nd\u00e9fi \u00e0 l&rsquo;ouragan, \u00e0 la foudre, \u00e0 la nature m\u00e9chante&nbsp;; ce sont des cypr\u00e8s\ndressant leurs cauchemardantes silhouettes de flammes, qui seraient\nnoires&nbsp;; des montagnes arquant des dos de mammouths ou de\nrhinoc\u00e9ros&nbsp;; des vergers blancs et roses et blonds, comme d&rsquo;id\u00e9aux r\u00eaves\nde vierges&nbsp;; des maisons accroupies, se contorsionnant passionn\u00e9ment ainsi\nque des \u00eatres qui jouissent, qui souffrent, qui pensent&nbsp;; des pierres, des\nterrains, des broussailles, des gazons, des jardins, des rivi\u00e8res qu&rsquo;on dirait\nsculpt\u00e9s en d&rsquo;inconnus min\u00e9raux, polis, miroitants, iris\u00e9s, f\u00e9eriques&nbsp;; ce\nsont de flamboyants paysages qui paraissent l&rsquo;\u00e9bullition de multicolores \u00e9maux\ndans quelque diabolique creuset d&rsquo;alchimiste, des frondaisons qu&rsquo;on dirait de\nbronze antique, de cuivre neuf, de verre fil\u00e9&nbsp;; des parterres de fleurs\nqui sont moins des fleurs que de richissimes joailleries faites de rubis,\nd&rsquo;agates, d&rsquo;onyx, d&rsquo;\u00e9meraudes, de corindons, de chrysob\u00e9rils, d&rsquo;am\u00e9thistes et\nde calc\u00e9doines&nbsp;; c&rsquo;est l&rsquo;universelle et folle et aveuglante coruscation\ndes choses&nbsp;; c&rsquo;est la mati\u00e8re, c&rsquo;est la nature tout enti\u00e8re tordue fr\u00e9n\u00e9tiquement,\nparoxys\u00e9e, mont\u00e9e aux combles de l&rsquo;exacerbation&nbsp;; c&rsquo;est la forme devenant\nle cauchemar, la couleur devenant flammes, laves et pierreries, la lumi\u00e8re se\nfaisant incendie, la vie, fi\u00e8vre chaude.<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>At Eternity\u2019s Gate, retrace les derni\u00e8res ann\u00e9es de vie de Vincent Van Gogh, \u00e0 partir de son installation \u00e0 Arles. 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